Des livres comme Black Mirror : 5 romans à lire

Des livres comme Black Mirror : cinq romans qui poussent une technologie jusqu’au bout

Black Mirror procède toujours de la même façon. Une technologie, une seule, tenue pour acquise, sans discussion sur sa plausibilité, et tout le temps restant consacré à regarder ce qu’elle fait aux gens qui vivent avec. Personne n’explique l’appareil. Personne ne s’étonne qu’il existe. Le monde s’est déjà adapté, et le récit commence après.

La science-fiction écrite pratiquait cela bien avant la série. Ces cinq livres le font avec une précision que les épisodes atteignent rarement, et ils disposent de deux ou trois cents pages là où la série a une heure.

Neuromancien, William Gibson

La technologie, c’est le réseau comme lieu, un endroit où l’on entre pendant que le corps reste en arrière. Gibson l’installe dès la première page et n’y revient jamais. Ce qui l’intéresse, c’est le pourtour : un marché du travail où les compétences s’achètent en implants, un protagoniste puni par une atteinte au système nerveux, la conscience d’un mort conservée sur un support et consultée comme un collègue. Le livre a quarante ans et la seule chose qui a vieilli, c’est le matériel.

Chez J’ai lu en français.

Ubik, Philip K. Dick

La prémisse tient en une ligne : les morts conservés en cryogénie restent joignables, pour des conversations brèves et de plus en plus confuses. Dick ne discute jamais la semi-vie. Il construit l’appareil administratif qui pousse autour, les moratoriums où les proches réservent un entretien, le temps restant compté en minutes, le deuil transformé en rendez-vous. Puis il laisse le mécanisme se dérégler, et le lecteur cesse de savoir de quel côté de la vitre il se trouve.

Chez 10/18 en français.

Carbone modifié, Richard K. Morgan

Une pile corticale à la base du crâne conserve mémoire et personnalité. Les corps se changent. Morgan suit la conséquence avec une froideur de comptable : avec de l’argent on ne meurt pas, sans argent on loue sa propre chair, et le meurtre se rétrograde en dommage matériel puisque la victime peut être rallumée ailleurs. C’est le plus cynique des cinq et le plus proche des épisodes les plus noirs.

Chez Bragelonne en français.

La Cité des permutants, Greg Egan

On scanne une personne et la copie tourne sur un calculateur. Egan pose la question que presque personne ne pose : que veut la copie. Y répondre occupe tout le roman, parce que la copie a ses intérêts, son horloge et aucune intention de se comporter comme un souvenir docile. Le plus exigeant du groupe, et celui dont on se débarrasse le moins.

Chez Robert Laffont, collection Ailleurs et Demain.

Expiration, Ted Chiang

Un recueil, donc neuf prémisses au lieu d’une. « Le cycle de vie des objets logiciels » suit pendant des années des créatures numériques élevées par leurs propriétaires, qui finissent par devoir décider s’ils continuent de payer pour les faire tourner. Chiang écrit avec un calme qui aggrave tout. Personne n’élève la voix, et la fin arrive quand même.

Chez Denoël, collection Lunes d’encre.

Et puis il y a H.O.M.S.

Je termine par les miens, en le disant clairement pour que personne ne perde son temps. La trilogie H.O.M.S. emprunte le même chemin avec un autre appareil : la modification génétique en laboratoire, qui a produit une deuxième classe biologique d’êtres humains. Homo Origenis Mutatae Sapiens, Homs en abrégé. Force, agilité, vue et ouïe hors norme, et à côté de cela des résultats purement esthétiques, oreilles poilues, queues, corps refaits sur commande. Les cliniques clandestines se trompent, et leurs erreurs restent sur ceux qui les ont payées.

Le roman ne discute pas de la pertinence de tout cela. Il commence des décennies plus tard, une fois que la société s’est réorganisée autour du fait accompli. Il y a un ghetto appelé Freak Side où la police ordinaire n’entre pas. Il y a un corps dédié, la Police Inclusive. Il y a le mot « normo », que les Homs emploient pour les Sapiens quand ils veulent être désagréables. Le premier volume est une enquête sur un attentat, menée par un détective qui a perdu sa femme et dont le fils a cessé de parler, avec une Homs de deuxième génération élevée du mauvais côté de la ligne.

Qui connaît Morgan reconnaîtra le terrain, avec moins de cynisme et davantage de question d’espèce.

Trois volumes, « Complot Spatial », « Au-delà de la Singularité » et « L’Ombre de la Guerre », tous sur Amazon et dans Kindle Unlimited. Les romans ont été écrits en italien et traduits en français par l’éditeur, Demy Publishing. On commence par le premier.

Sur le même terrain, le blog propose aussi des livres comme The Expanse, des livres comme Le Problème à trois corps et les univers parallèles et le thème du double.

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