Dune tient pour une raison qu’on ne voit qu’à la deuxième lecture. Arrakis n’est pas un décor exotique, c’est un système fermé : l’eau détermine la religion, la religion détermine la guérilla, l’épice détermine la navigation interstellaire et donc l’économie d’un empire. Herbert emboîte écologie, théologie et politique dans un seul mécanisme, puis y place un garçon issu de quatre-vingt-dix générations de sélection génétique.
Qui cherche des livres comme Dune cherche généralement cela, pas les vers. Des romans où le monde obéit à des règles réelles et où les personnages en paient le prix. Voici cinq titres qui tiennent la comparaison.
Hypérion, Dan Simmons (1989)
Sept pèlerins voyagent vers les Tombeaux du Temps sur la planète Hypérion, où les attend le Gritche, une créature que personne n’a jamais expliquée. Chacun raconte son histoire en chemin, et chaque récit change de registre : le journal d’un prêtre, le rapport d’un soldat, la confession d’un poète.
La structure vient des Contes de Canterbury, et le résultat est le portrait d’une civilisation interstellaire vue sous sept angles incompatibles. Comme dans Dune, l’empire est vieux et pourrit de l’intérieur pendant que personne ne l’admet. À lire en sachant que le premier volume s’arrête au milieu du propos : La Chute d’Hypérion est la seconde moitié du même livre.
Le cycle de Fondation, Isaac Asimov (à partir de 1951)
Hari Seldon calcule que l’Empire galactique tombera d’ici cinq cents ans et que le chaos qui suivra durera trente mille ans. Il ne peut pas empêcher l’effondrement, seulement raccourcir l’attente. Il fonde donc deux colonies chargées de conserver le savoir.
La psychohistoire d’Asimov est le pari inverse de celui de Herbert : ici les masses sont prévisibles et l’individu n’a aucun poids, jusqu’à l’arrivée du Mulet. Qui a aimé la politique dynastique de Dune trouvera dans Fondation la version mathématique de la même question, celle de savoir comment gouverner ce qui vous survivra.
La Main gauche de la nuit, Ursula K. Le Guin (1969)
Genly Ai arrive sur Gethen comme envoyé d’une fédération de mondes. Gethen est couverte de glace et ses habitants n’ont pas de sexe fixe : ils en prennent un quelques jours par mois, et pas forcément le même. Genly doit négocier un traité avec deux nations qu’il ne comprend pas, dans un corps que les Géthéniens perçoivent comme perpétuellement en rut.
Le Guin construit son anthropologie avec le soin que Herbert consacre à l’écologie d’Arrakis. Le roman contient l’une des plus belles traversées à pied du genre, quatre-vingts pages sur un glacier avec deux personnes qui apprennent à se faire confiance.
Mars la rouge, Kim Stanley Robinson (1992)
Cent colons partent pour Mars. Le roman couvre les premières décennies de la colonie et la fracture qui s’ouvre presque aussitôt, entre ceux qui veulent terraformer la planète et ceux qui veulent la laisser intacte. En quelques centaines de pages, le débat scientifique devient constitutionnel, puis armé.
Robinson fait ce que fait Herbert, appliqué à une planète qui existe vraiment. La géologie martienne est documentée ligne par ligne, et chaque choix technique entraîne une conséquence politique. C’est le titre de cette liste dont la science est la plus vérifiable.
Le Livre du Nouveau Soleil, Gene Wolfe (à partir de 1980)
Sévérian appartient à la guilde des bourreaux. Il est exilé pour un geste de pitié et traverse un monde situé très loin dans le temps, où le soleil s’éteint et où la technologie survit sous forme de rituel religieux.
Wolfe écrit un narrateur qui affirme tout retenir et ment sur presque tout. Le lecteur reconstitue l’intrigue réelle à partir des détails que Sévérian laisse tomber sans les comprendre. C’est le livre le plus exigeant de la liste et celui qui récompense le plus la relecture, pour les mêmes raisons qui rendent Dune meilleur la seconde fois.
Une note sur la même idée, écrite en italien
J’écris la trilogie H.O.M.S., prenez donc ce paragraphe pour ce qu’il est, un auteur qui parle de ses propres livres. Les romans ont été écrits en italien et existent en traduction française.
Le point de départ est la modification génétique devenue accessible : laboratoires légaux et clandestins, résultats de qualité très inégale, et un Système solaire colonisé qui s’est stratifié en conséquence. Les Homs modifiés et les Sapiens non modifiés cohabitent mal, avec des ghettos comme Freak Side et une discrimination qui passe par l’espèce plutôt que par la classe. Le premier volume, H.O.M.S. Phase Un : Complot Spatial, commence comme une enquête sur un attentat lunaire et se termine au nuage d’Oort, devant une singularité artificielle.
Si la génétique vous intéresse comme moteur social plutôt que comme effet spécial, c’est le terrain sur lequel la trilogie travaille.
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- Tome 1, Complot Spatial : amazon.fr/dp/B0G6VBJ9H2
- Tome 2, Au-delà de la Singularité : amazon.fr/dp/B0GD1DCQ4Z
- Tome 3, L’Ombre de la Guerre : amazon.fr/dp/B0GY1ZCJTR
Les trois sont en lecture libre avec Kindle Unlimited.
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